Pardonner sans oublier : comment se libérer de la colère après une blessure ?

« J’essaie de passer à autre chose, de m’occuper, de penser à moi… mais je n’oublie pas et je ne pardonne pas totalement aux personnes qui m’ont blessée. »

Cette phrase, je l’ai lue récemment et elle m’a interpellée, parce qu’elle exprime quelque chose que beaucoup de personnes peuvent ressentir.

On entend souvent qu’il faudrait pardonner pour avancer, lâcher prise, tourner la page…

Mais est-ce vraiment aussi simple ?

👉 Et surtout : faut-il nécessairement pardonner pour se libérer de la colère et retrouver davantage de paix intérieure ?

Pardonner ne signifie pas oublier

C’est peut-être la première distinction importante à faire.

Pardonner ne signifie pas effacer ce qui s’est passé.

Cela ne signifie pas non plus considérer que ce que l’autre a fait était acceptable, minimiser sa propre souffrance ou reprendre une relation avec quelqu’un qui nous a blessé.

On peut se souvenir d’un événement et ne plus vouloir qu’il occupe la même place dans notre vie.

On peut également décider de poser des limites, de prendre de la distance ou de ne plus avoir de relation avec une personne.

👉 Se libérer d’une blessure ne signifie pas nier son histoire.

La colère n’est pas forcément notre ennemie

La colère est souvent considérée comme une émotion négative dont il faudrait rapidement se débarrasser.

Pourtant, elle peut avoir quelque chose à nous dire.

Elle peut apparaître lorsque nous nous sommes sentis trahis, humiliés, rejetés, abandonnés, incompris ou lorsque nos limites n’ont pas été respectées.

Elle peut parfois nous aider à prendre conscience qu’une situation ne nous convient plus.

Chercher uniquement à faire disparaître la colère sans essayer de comprendre ce qu’elle vient exprimer peut alors nous faire passer à côté d’une information importante.

👉 La question : Qu’est-ce que cette colère cherche encore à protéger en moi ?

Quand la colère continue de nous relier à ce qui nous a blessés

Il existe cependant une différence entre ressentir une colère et continuer à la nourrir pendant des mois ou des années.

Rejouer régulièrement une scène dans sa tête, imaginer ce que l’on aurait dû répondre, revenir sans cesse sur l’injustice vécue ou attendre que l’autre reconnaisse enfin ce qu’il a fait peut maintenir la blessure très présente.

L’événement appartient au passé, mais intérieurement, il continue parfois à se rejouer.

C’est là que cette phrase prend tout son sens :

👉 Ce que tu nourris grandit.

Cela ne veut pas dire qu’il faudrait chasser sa colère ou faire semblant qu’elle n’existe pas.

Cela invite plutôt à observer la place qu’on lui donne aujourd’hui.

Se libérer n’est pas forcément pardonner

Il est possible que le pardon arrive avec le temps.

Il est aussi possible qu’il ne vienne pas, ou pas complètement.

Et peut-être que l’essentiel n’est pas là.

L’essentiel peut être de parvenir progressivement à ne plus laisser ce que quelqu’un nous a fait continuer à diriger nos émotions, nos pensées ou nos choix.

Il y a une différence entre :

« Je te pardonne ce que tu m’as fait »

et

« Je ne veux plus que ce que tu m’as fait continue à prendre autant de place dans ma vie »

👉 Cette deuxième phrase peut déjà représenter un immense pas.

On peut lâcher prise sans excuser

Le lâcher-prise est parfois lui aussi mal compris.

Lâcher prise ne signifie pas dire : « ce n’était pas grave ».

Cela peut simplement signifier :

  • Je reconnais que cela s’est produit.

  • Je reconnais ce que cela a provoqué en moi.

  • Je ne peux pas changer le passé ni contrôler l’autre.

Mais je peux progressivement choisir ce que je souhaite continuer à porter.

Il ne s’agit donc pas nécessairement de libérer l’autre de sa responsabilité.

👉 mais plutôt de se libérer soi-même du poids que l’histoire continue à faire porter.

Et si la vraie question était : qu’est-ce que je choisis de nourrir maintenant ?

Lorsqu’une personne nous a profondément blessés, nous ne décidons pas toujours de ce que nous ressentons.

En revanche, avec le temps, nous pouvons parfois reprendre une petite part de choix sur ce à quoi nous accordons notre énergie.

Continuer à regarder uniquement la blessure ?

Ou commencer également à nourrir ce qui existe autour d’elle : les personnes qui nous aiment, les expériences qui nous font du bien, nos projets, notre confiance, nos limites, nos envies, notre présent…

Ce n’est pas oublier.

Ce n’est pas excuser.

Et ce n’est certainement pas faire comme si rien ne s’était passé.

C’est simplement éviter que quelqu’un qui nous a fait du mal dans le passé continue, malgré son absence parfois, à occuper une place immense dans notre présent.

👉 Cette observation peut déjà apporter beaucoup d'apaisement.

Avancer à son rythme

Certaines blessures demandent du temps.

Et lorsqu’un événement reste très douloureux ou envahissant, se faire accompagner par un professionnel de santé ou un professionnel qualifié peut être nécessaire.

Il n’y a pas de calendrier du pardon.

Il n’y a pas non plus d’obligation à pardonner parce que quelqu’un nous dit que ce serait « mieux pour nous ».

Comment j’aborde ces questionnements dans mes accompagnements

Chaque personne arrive avec son histoire, son fonctionnement, ses émotions et ses propres questionnements.

Il n’existe donc pas pour moi une méthode unique et universelle !

Dans mes accompagnements, je préfère partir de ce qui est présent aujourd’hui : une émotion, une colère, un ressenti, une difficulté à lâcher une situation ou parfois un blocage que l’on ne comprend pas encore.

La kinésiologie et la bioénergie font partie des approches que j’utilise dans cette démarche globale, en complément et sans se substituer à un suivi médical ou psychologique lorsqu’il est nécessaire.

Et parfois, avancer commence simplement par une autre question :

Non pas « Est-ce que je suis capable de pardonner ? »

mais plutôt :

« Est-ce que j’ai encore envie de donner autant de mon énergie à ce qui m’a blessé ? »

Peut-être que la véritable libération commence là.

Carole Marchant

Accompagnante du mieux-être, approche holistique et ancrée